Homélie du 01 janvier 2018 - Marie Mère de Dieu
Frères
et sœurs, que célébrons-nous exactement aujourd’hui ? Cette fête liturgique ressemble à ces églises bien
anciennes qui ont accumulé les styles : une crypte romane, des voûtes
gothiques, un orgue baroque, des vitraux modernes… il nous faut distinguer les
différentes époques pour en comprendre l’unité.
L’élément
le plus ancien est la circoncision : le huitième jour après sa naissance,
conformément à la Loi de Moïse (Lv 12, 3), le nouveau-né a été circoncis et a
reçu légalement son nom, Jésus. Il y a d’ailleurs une autre fête liturgique,
le Saint Nom de Jésus, que nous pouvons célébrer le 3 janvier.
Depuis que la fête de Noël a été fixée au 25 décembre, à Rome au IVe siècle,
la circoncision se place naturellement le 1er janvier. Ainsi
Jésus se révèle-t-il successivement fils de Joseph, fils de David, fils d’Israël
selon la chair, fils de Dieu et nouveau Temple.
La
Vierge Marie a été proclamée « Théotokos » (Mère de Dieu) par le
Concile d’Éphèse en 431, autour des questions christologiques sur les deux
natures de Jésus. Suite à cela apparut à Rome une très antique tradition de
célébrer le 1er janvier ce mystère, tradition qui disparut un
temps et fut rétablie il y a un peu moins de 50 ans par le pape Paul VI…
…Ce
même Pape a aussi accueilli une initiative internationale, orchestrée par Raoul
Follereau dans les années soixante : célébrer chaque année une
« journée mondiale de la paix », fixée au début de l’année
civile. Dans le message pour sa première célébration, en 1968, le pape Paul VI
soulignait l’universalité de cette journée mondiale, au-delà de l’Église…
Tous
ces éléments s’harmonisent donc pour une célébration joyeuse : une naissance est toujours un nouveau commencement, et celle du
Christ nous permet d’affronter la nouvelle année avec confiance. Marie se
trouve aux côtés de Jésus à la crèche et pour sa circoncision, y tenant le rôle
irremplaçable de Mère ayant engendré son créateur ; le nouveau-né est le
Prince de la paix, et les anges viennent de proclamer « sur la terre,
paix aux hommes ! » (v.14)…
Tournons-nous
maintenant vers Marie et mettons-nous à son école…
Le
temps de vacances que nous goûtons pour le Nouvel An n’est pas exempt de
mouvements et distractions, entre les rencontres familiales, les célébrations
liturgiques et l’organisation de l’année qui s’ouvre. Une confusion qui ressemble
bien à l’atmosphère qui devait régner à Bethléem pour le recensement…
L’évangéliste
Luc tient à faire remarquer, par deux fois, que Marie contemple et intériorise
les événements auxquels elle assiste, « les gardant dans son cœur »
(vv.19.51) : il nous invite donc à contempler
ce cœur immaculé, et à l’imiter dans son attitude intérieure. Tandis
que la foule commente, Marie, elle, médite et descend dans la profondeur du
mystère. Au milieu de toutes les agitations, c’est le chemin que notre
méditation veut emprunter : Marie, école d’intériorité, de silence
et de prière. Au milieu des fêtes de cette période, et dans notre vie
en général, quelle est la part de la
parole et du silence ? Quelle place faisons-nous à la méditation et
comment laissons-nous le mystère de Dieu nous rejoindre au plus intime de
nous-même ?
Marie,
un cœur humble, dont la pauvreté est telle qu’elle a ravi le cœur de Dieu. Elle
reçut le privilège inouï de devenir Mère de Dieu pour deux
raisons : parce que le Seigneur avait formé en elle un réceptacle digne de
le devenir (Immaculée Conception), (un moine du mont Athos dira au XIIIe
siècle qu’il fallait que celle qui allait enfanter le plus beau des enfants des
hommes soit elle-même d’une incomparable beauté) et parce qu’elle a su répondre,
jour après jour, à cette vocation si spéciale d’être la Mère du Fils de Dieu.
Sainte Élisabeth de la Trinité la décrit ainsi avant l’Incarnation :
«
Elle se tenait si petite, si recueillie en face de Dieu, dans le secret du
temple, qu'elle attirait les complaisances de la Trinité sainte […] Le Père se
penchant vers cette créature si belle, si ignorante de sa beauté, voulut
qu'elle soit la Mère dans le temps de celui dont il est le Père dans
l'éternité. »
En
cette sainte nuit de Noël, Jésus est donc doublement présent à Marie :
présence humaine, comme son nouveau-né dont elle prend soin ; présence
spirituelle, puisqu’il est son Dieu dont elle contemple la manifestation…
C’est pourquoi nous pouvons imiter Marie,
même si la maternité divine est son privilège unique. Au milieu des événements
de ce monde, nous apprenons à son école à recevoir le Christ dans la foi, à
discerner sa présence, à collaborer pour l’extension de son Règne… L’évangéliste
Luc, tel que nous pouvons l’imaginer comme personne, nous offre un bon exemple.
Il a reçu des Apôtres, probablement saint Paul, la révélation chrétienne, qui a
bouleversé sa vie. Il s’est approché de Marie et a reçu d’elle les confidences
qu’il nous rapporte dans l’Évangile. Elle lui a transmis la foi la plus
profonde et l’amour le plus tendre qui soient pour son Fils. Toute son œuvre
écrite est le fruit de sa méditation personnelle à l’école de la Vierge.
Lorsqu’il nous décrit l’expansion de l’Église dans les Actes, au milieu de tant
de péripéties qu’il a parfois vécues en personne, on peut dire de lui :
« il retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » Nous
aussi, chacun dans une mission particulière, nous pouvons vivre cette aventure
avec Marie.
Vivre aujourd’hui la maternité de Marie
Marie
n’est pas seulement un exemple incomparable, ou une école de
spiritualité : sa maternité
s’exerce aujourd’hui sur nos vies. Il serait ridicule de la mettre en
compétition avec l’action de son Fils ou de l’Esprit Saint, qui répand sa grâce
en nos cœurs. Dans toutes ses apparitions miraculeuses, Marie respecte
infiniment la primauté de son Fils, et elle renvoie toujours à lui.
Alors, comment vivre sa maternité
aujourd’hui, comment nous placer sous la protection de ce manteau de la
Vierge ? Tout dépend de notre état de vie, de notre mission dans
l’Église : comme la grâce, Marie s’adapte totalement à chacun de nous.
Deux
exemples peuvent nous éclairer. Le premier concerne l’évangélisation. Sa
présence à la Pentecôte et son titre de « Reine des Apôtres »
montrent bien son rôle irremplaçable dans la mission de l’Église.
Le pape François, l’ayant lui-même expérimenté, le décrivait avec beauté :
«
Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque
fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire
de la tendresse et de l’affection. […] Nous la supplions afin que, par sa
prière maternelle, elle nous aide pour que l’Église devienne une maison pour
beaucoup, une mère pour tous les peuples, et rende possible la naissance d’un
monde nouveau. »
Un
autre exemple de sa maternité nous est donné par l’Évangile d’aujourd’hui. Sa
méditation profonde des Mystères du Salut n’est pas une aventure qu’elle aurait
vécue toute seule, pour son profit personnel ; au contraire, nous
pouvons tous bénéficier des lumières si profondes de sa foi. Le pape
François l’exprimait ainsi devant des théologiens éminents :
«
Femme de l’écoute, femme de la contemplation, femme de la proximité aux
problèmes de l’Église et des gens… Marie est ainsi l’icône de l’Église qui,
dans l’attente impatiente de son Seigneur, progresse, jour après jour, dans
l’intelligence de la foi, grâce aussi au travail patient des théologiens et des
théologiennes. »
Que
la TS Vierge Marie exerce sa maternité dans
notre œuvre d’évangélisation, ou qu’elle nous accompagne dans la contemplation, elle reste
toujours Mère, toute penchée sur le mystère de son Fils, toute attentive à
notre chemin de foi. À Bethléem, Marie présentait le Christ aux bergers comme
un nouveau-né ; aujourd’hui, elle nous invite à le contempler dans
l’Eucharistie. Épaisseur de la chair jadis, apparence anodine du pain
aujourd’hui : c’est ce voile que
Marie nous fait traverser par le don divin de la foi. Rendons grâce au
Seigneur pour le don de la Vierge Marie, Mère de Dieu mais aussi notre Mère.
Amen.
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